Adrien Bouzonville : « La sensibilisation à tous les niveaux est indispensable »

La loi portant engagement national pour l’environnement, suivi du décret d’application 2015-1000 du 17 août 2015, impose une surveillance et une amélioration de la qualité de l’air intérieur dans les écoles, en application depuis le 1er janvier 2018. Adrien Bouzonville, consultant en environnement et fondateur d’Atmoterra, bureau d’études spécialisé dans l’environnement, l’air et l’énergie, revient pour nous sur cette réglementation et les enjeux autour de la qualité de l’air intérieur.

 

Atlantic Clim et Ventil : Qu’implique concrètement cette nouvelle réglementation sur la qualité de l’air intérieur dans les écoles ?

Adrien Bouzonville : Cette nouvelle réglementation impose la prise en compte de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public. Les premiers concernés sont les établissement scolaires maternelles, élémentaires et crèches, depuis le 1er janvier 2018. Les autres ERP seront aussi concernés par la suite. Il s’agit d’évaluer les moyens de ventilation présents dans l’établissement et de mettre en œuvre un plan d’action pour augmenter leur nombre et capacité afin d’améliorer la qualité de l’air intérieur. Cela peut se faire par une autoévaluation ou par le biais d’un diagnostic (mesures de la qualité de l’air) effectué par un organisme certifié Cofrac.

 

Atlantic Clim et Ventil : Le parc immobilier scolaire nécessite-t-il ces précautions en termes de qualité de l’air intérieur ?

AB : Une grande partie du parc date des années 70 et 80. À l’époque, la ventilation ne faisait pas partie des préoccupations. Toutefois, l’étanchéité à l’air ne l’était pas non plus. Il y avait donc une ventilation naturelle, mais aussi beaucoup de gaspillage d’énergie. Avec l’amélioration énergétique des bâtiments, le confinement a accru le problème de l’air intérieur.  Les ministères de l’Environnement et de la Santé se sont saisis  de la question et ont fait un guide sur le sujet, avec notamment des préconisations pour les écoles. Il liste et classe les éléments toxiques présents dans l’air intérieur. En parallèle l’Anses (Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) développe des Valeurs Guides de Qualité de l’Air intérieur (VGAI) visant à protéger la population des effets sanitaires des substances.

 

 

Atlantic Clim et Ventil : Cette législation est-elle suffisante compte tenu des enjeux de santé publique, en particulier dans les écoles ?

AB : Le gros avantage de cette loi, c’est tout d’abord la prise de conscience. En effet, beaucoup ne savent pas que l’air intérieur est pollué, avec notamment des composés potentiellement cancérigènes. Cette sensibilisation doit se faire à tous les niveaux. Les usagers des écoles apprennent à aérer à chaque pause et à remplacer les fournitures émettrices de polluants, comme les feutres pour tableaux blancs. Les gestionnaires d’établissements sont quant à eux sensibilisés à la qualité de l’air intérieur et à ses conséquences, et donc à la nécessité d’entreprendre des travaux d’amélioration de la ventilation. Enfin, les professionnels du bâtiment sont aussi concernés, puisque ce sont eux qui conseillent et réalisent les travaux dans ces ERP et introduisent potentiellement des sources de pollution de l’air intérieur (colles, solvants, plastifiants, peintures, etc.).

 

Atlantic Clim et Ventil : En matière technique, quelles sont vos recommandations pour appliquer cette réglementation dans les écoles ?

AB : Il s’agit de trouver un bon équilibre entre qualité de l’air intérieur, confort thermique, consommation énergétique et budget. L’installation de ventilation doit donc être bien dimensionnée, pour correspondre aux besoins de l’école et aux recommandations légales en termes de m³/h/élève. Il existe des solutions intéressantes comme le détecteur de CO2 couplé à une VMC, afin que cette dernière ne fonctionne qu’en cas de présence dans la classe. Il s’agit aussi de tenir compte du confort acoustique, car les élèves ont besoin de calme durant les heures de classe. Enfin, les produits employés pour les différents chantiers doivent toujours être choisis par les professionnels pour un meilleur respect de la qualité de l’air intérieur.