Bâtiments tertiaires et qualité de l’air intérieur : une prise en compte urgente

La crise sanitaire de la Covid-19 a révélé, s’il en était besoin, l’importance d’une bonne qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments. Entre le plan de relance du Gouvernement, qui pousse à la rénovation des bâtiments tertiaires et publics, et les attentes liées à la RE 2020, Philippe Benadiba, directeur national prescription tertiaire et Mikaël Denis, chef de produits ventilation tertiaire, deux spécialistes chez Atlantic Climatisation et Ventilation, font le point sur la question cruciale du confort et de la santé. Ils présentent également les solutions de ventilation et celles, nouvelles, de purification de l’air intérieur.

La qualité de l’air dans les bâtiments du secteur tertiaire et les ERP est-elle bien prise en compte ?

Mikael Denis : Oui et non. Non, parce que les débits d’air neuf figurant dans le Règlement sanitaire départemental type (RSDT) depuis bientôt quarante ans sont peu respectés. Idem pour le décret du 17 août 2015, relatif aux modalités de surveillance de la qualité de l’air intérieur dans certains établissements recevant du public. Le premier point serait donc de les respecter.

Oui, car ce point est tout de même mieux géré dans les bâtiments neufs et les rénovations lourdes. Mais en proportion, cela est très faible si l’on considère l’ensemble du parc immobilier. Et hormis pour une partie des bâtiments labellisés, il n’y a pas d’obligation de mesure de débit d’air à la livraison d’un bâtiment.

Philippe Benadiba : De fait, la réglementation actuelle s’intéresse en priorité à la performance thermique des bâtiments, la qualité d’air n’est malheureusement pas assez prégnante. Elle vient en plus si on a du budget…

Est-ce que cela veut dire que le RSDT n’est plus adapté aux bâtiments d’aujourd’hui et qu’il faut augmenter les débits d’air neuf ?

Mikael Denis : Si l’on compare notre réglementation à celles de nos voisins européens, nous sommes dans la moyenne. Quant à l’augmentation de ces débits : oui, ils auraient besoin d’être retravaillés, ayant été fixés quand les bâtiments n’étaient pas étanches. Mais surtout il aurait fallu s’assurer qu’ils soient respectés, ce qui est possible. Nous avons mené des études de renouvellement d’air avec centrale double flux dans des salles de classe : elles montrent que si les débits d’air sont correctement réalisés, nous arrivons à maintenir la valeur seuil réglementaire d’exposition au CO2, soit 1300 ppm. Mieux : nous pouvons même descendre à 1000 ppm, à l’intérieur d’un local d’un niveau correct d’indice de confinement.

La RE2020 prévoit-elle une meilleure prise en compte de cette question ?  

Mikael Denis : On le souhaiterait mais ce ne sera pas le cas, du moins dans l’immédiat. La QAI est évoquée dans un second volet mais avec de nombreuses incertitudes. Pour le secteur tertiaire, elle n’entrera en application qu’en septembre 2021 et pas pour l’ensemble du secteur. Seront concernés dans un premier temps les bureaux et établissements secondaires.

Philippe Benadiba : C’est de nouveau la logique de performance thermique, de travail sur le bâti qui l’a remporté. On a l’impression qu’entre économies d’énergie et qualité de l’air, il y a une dichotomie. Jusqu’à présent, les premières – dans le logement ou le tertiaire –, sont obtenues en réduisant au plus juste les débits d’air. Alors qu’il n’y a pas d’opposition dans la mesure où il y a des moyens de moduler selon la présence, etc. Cette opposition historique va voler en éclats car la qualité de l’air est un sujet qui sera de plus en plus prégnant pour des questions de santé publique et de pollution en général. La crise du Covid a sensibilisé la population à cette notion. On porte des masques pour filtrer l’air, ce qui est nouveau et facilite la prise de conscience.

Mikael Denis : Sur la partie résidentielle pour la RE2020, il y aura un contrôle des débits d’air à la livraison. On n’en espère pas moins pour le secteur tertiaire.

Concernant le plan de relance et la rénovation des bâtiments, la QAI est-elle prise en compte ?

Mikael Denis : A l’instant T, nous n’avons pas ressenti qu’elle était considérée comme une priorité par le Gouvernement. Et ce, bien que les études de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), notamment celle sur les écoles élémentaires, montrent un manque ou une absence de ventilation dans les bâtiments existants. On aurait pu se dire que le plan de relance en tiendrait compte et pousserait à s’intéresser à la ventilation pour mettre à niveau la QAI. Ce n’est pas du tout le cas.

En revanche, des régions comme Auvergne Rhône-Alpes souhaitent investir dans la purification de l’air. On espère qu’il en sera de même à l’échelle nationale.

Philippe Benadiba : En fait, il y a une situation d’urgence liée à la crise sanitaire qui pousse à l’installation de purificateurs, et une question de fond qui est la QAI. Donc il faut installer des systèmes de ventilation pour l’apport d’air neuf dans les bâtiments qui en sont dépourvus, avant ou en même temps que les systèmes de purification d’air.

Quelles sont les solutions de ventilation adaptées pour le secteur tertiaire ?

Mikael Denis : Comme je l’ai déjà dit, une solution simple flux d’extraction avec les débits réglementaires suffit à obtenir un seuil réglementaire de 1300 ppm en CO2. Mais l’air neuf, qui peut être pollué, n’est pas filtré, et la simple flux ne préchauffe pas l’air entrant. D’où l’intérêt d’un système double flux équipé de filtres à particules et qui peut récupérer de 75 à 80% des calories. C’est un gain important.

Pas toujours facile en rénovation ?

Mikael Denis : Sur ce plan, nous proposons une des offres les plus larges du marché, avec des solutions double flux compactes qui peuvent s’installer en faux plafond, dans un local technique, en terrasse ou toiture. Ce, avec des débits d’air de 300 à 30 000 m3/h. Nous avons aussi des solutions décentralisées pour les travaux et investissements par étape, soit un double flux pièce par pièce avec un piquage à mettre en extérieur pour l’apport d’air neuf.

Philippe Benadiba : Une solution complémentaire consiste à moduler les débits par détection de présence ou par sonde CO2. Ce n’est pas un investissement important. Que l’on soit en simple ou double flux, elle permet de réguler en fonction des besoins de renouvellement d’air. Et donc de baisser les débits d’air lorsque les locaux ne sont pas occupés, pour éviter de dépenser de l’énergie.

Vous avez aussi développé une nouvelle offre de purificateurs d’air, de quoi s’agit-il ?

Philippe Benadiba : Il y a plusieurs systèmes qui fonctionnent bien et apportent des résultats intéressants. Nous avons décidé de ne pas les mettre en opposition. Ainsi notre purificateur intègre quatre technologies : un filtre d’abattement particulaire, un filtre à charbon actif, un traitement par photocatalyse et des lampes UV. Au plan technique, il s’agit d’une solution gainable en faux-plafond qui s’intègre facilement en plugant le purificateur sur les gaines du système de ventilation, lequel traite une zone de 20 à 25m2. En fonction des surfaces à traiter, on peut ajouter des purificateurs pour effectuer un balayage complet et homogène.

Et sur le plan sanitaire ?

Philippe Benadiba: Les systèmes ont été spécifiquement choisis pour l’inactivation des bactéries, champignons et nous l’avons envoyé à l’Institut Pasteur pour un test d’efficacité sur l’inactivation des virus. Nous n’avons pas encore de résultats. Cela ne devrait pas tarder… Nous y reviendrons prochainement.

 

Propos recueillis par Stéphane Miget © AdC – L’Agence de Contenu